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Les Frac et les nouvelles régions

Communiqué de presse - mai 2017

 

"FRAC et territoires"


La réunion annuelle de réflexion des FRAC organisée par PLATFORM s'est tenue le vendredi 26 mai 2017 au FRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur à Marseille. Présidents et Directeurs des 23 FRAC se sont réunis, pendant le Printemps de l'art contemporain, pour imaginer une présence accrue des FRAC dans la nouvelle géographie française. Le fait que Pascal Neveux, Directeur du FRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur soit aussi le Président du Printemps de l'art contemporain, une manifestation fédératrice de tous les acteurs de la région de Marseille, est à cet égard significatif du rôle joué par les FRAC sur le territoire.


Plusieurs personnalités ont apporté leur contribution à ces échanges :
Richard Galy, Président du FRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur et Maire de Mougins
Catherine Morin-Desailly, Présidente de la Commission culture communication et éducation au Sénat, Présidente du FRAC Normandie Rouen
Pierre Oudart, Directeur adjoint à la création artistique, Ministère de la Culture et de la Communication
Sylvia Girel, Maitre de conférence hdr, Laboratoire méditerranéen de Sociologie (Aix Marseille université, CNRS, LAMES, Aix-en-Provence)
Etaient également présents:
Emmanuel Henras, Directeur de la culture, Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d'Azur
Hélène Audiffren, Conseillère pour les Arts Plastiques, Direction régionale des affaires culturelles de Provence-Alpes-Côte d'Azur

 

Par la voix de Bernard de Montferrand, Président de Platform, les FRAC ont exprimé leur volonté d'être une force motrice au sein de la nouvelle géographie française, et de faire réseau au service de la politique culturelle dessinée par l'Etat et les Régions. Les problématiques au centre des missions des FRAC - démocratisation, décentralisation et soutien à la création artistique - restent au cœur des défis de la politique culturelle, et les FRAC prouvent quotidiennement l'efficacité de leurs actions par le succès de la fréquentation de leurs institutions et leur public très diversifié.

 

L'attribution récente du Label FRAC et sa mise en place doit permettre de consolider le travail mené par les FRAC et protéger les collections par une clause d'inaliénabilité dans une Europe attentive au respect de la diversité culturelle.

 

Mais face à un monde en évolution rapide et au contexte renouvelé de cette nouvelle géographie, les FRAC doivent s'adapter et progresser :

 

1. En établissant une méthode pour mieux travailler collectivement : pour une coopération accrue entre les structures et avec l'ensemble des partenaires en France et à l'échelle européenne notamment. Cette dynamique doit permettre d'accroitre notre efficacité tout en conservant la singularité des structures, qui est la condition de leur créativité. Il s'agira notamment de rechercher de nouveaux types de collaborations avec l'Education nationale, mais aussi d'encourager la structuration professionnelle pour une meilleure formation et mobilité des équipes.

 

2. En s'accordant sur une philosophie de travail partagée avec l'Etat et les Régions : les FRAC doivent rester des structures légères et éviter un alourdissement administratif, mais il apparait indispensable que l'Etat et les Régions ciblent leur priorités afin que les FRAC puissent mieux savoir où agir sur les territoires en fonction des besoins et temporalités identifiés. La Culture demeure une compétence partagée et l'ensemble des collectivités doivent s'en emparer. L'identité des FRAC réside dans leur capacité de proximité. Une étude autour des publics des FRAC pourrait s'engager avec le soutien du Ministère de la Culture pour une meilleure connaissance des usagers.

 

3. En réfléchissant ensemble aux défis de demain afin de trouver un équilibre entre une culture accessible au plus grand nombre tout en conservant une exigence intellectuelle. Il s'agira aussi d'étudier et de valoriser les collections par de nouveaux partenariats avec le monde des musées et de la recherche, de créer des liens avec le secteur privé, et enfin de participer activement à la révolution numérique en s'emparant des nouvelles technologies pour renouveler l'accès des publics aux collections et à la création artistique.

L'enthousiasme des FRAC est ce grâce à quoi ils réussiront à devenir des acteurs incontournables pour un nouveau maillage du territoire de l'art d'aujourd'hui. Les FRAC travailleront à établir leur nouvelle fiche de route : un « plan triennal des FRAC » sera diffusé d'ici la fin de l'année.

 

 

"À chaque région ses FRAC !"

Edito de Philippe Régnier publié dans le Quotidien de l'art du 18 mars 2016

 

Alors que la réforme des régions se met petit à petit en place, que ces entités doivent se forger une nouvelle identité dont la première manifestation passe par le choix d'un nom - Nord-Pas-de-Calais-Picardie vient d'adopter celui de « Hauts-de-France » -, cette réforme administrative ne doit pas se faire au détriment du maillage des acteurs culturels qui réalisent depuis des décennies un travail essentiel localement. Ainsi des

Fonds régionaux d'art contemporain qui sont implantés dans chacune des 22 anciennes régions métropolitaines.

Dans cette reconfiguration, faut-il conserver chaque structure ou fusionner les FRAC présents sur ces nouveaux territoires, au risque de déstabiliser les relations privilégiées qui ont été nouées avec les établissements scolaires, les hôpitaux ou prisons, qui accueillent régulièrement des oeuvres de FRAC et qui sont des relais essentiels pour l'éducation artistique et la démocratisation culturelle ? Recentrer à nouveau ces outils dans les capitales de régions serait certainement un non-sens après des années de décentralisation.

Dans leurs entités respectives, Toulouse et Bordeaux peuvent par exemple se situer à plusieurs heures de transport de certaines villes sous leur responsabilité administrative, sur des territoires parfois plus grands que la Suisse. C'est dans ce contexte que s'est tenue le 8 mars au Centre Pompidou, à Paris, la réunion annuelle des directeurs de FRAC. « Nous souhaitions montrer notre volonté de réfléchir au paysage de
l'art contemporain en France
», nous a déclaré Bernard de Montferrand, président de Platform, regroupement des Fonds régionaux d'art contemporain. Comme la loi le permet, ces structures préconisent de conserver les FRAC existants, quitte à ce qu'il y en ait plusieurs par régions. « La préservation des 23 FRAC qui représentent 23 sources de vitalité et de créativité est importante », insiste un document intitulé Les FRAC face aux défis de demain.

Cette conservation ferait également sens d'un point de vue artistique, chacun des FRAC ayant choisi une ligne artistique propre. Enfin, le ministère de la Culture semble favorable à cette configuration.

En attendant, les Fonds régionaux d'art contemporain sont plus dynamiques que jamais. Ils réfléchissent à une journée des FRAC qui pourrait se tenir tous les ans dans la deuxième quinzaine de novembre. Une exposition conçue à partir de leurs collections doit également prochainement se tenir à Singapour, poursuivant ainsi à la fois leurs projets communs et leur volonté d'être davantage présents à l'international.
Serge Lasvignes, président du Centre Pompidou, et Bernard Blistène, directeur du musée national d'art moderne, présents à la réunion du 8 mars, ont enfin émis le souhait d'associer les FRAC aux célébrations du 40e anniversaire de Beaubourg. Des pièces de leurs fonds devraient ainsi enrichir la présentation permanente du musée, « une reconnaissance de la qualité des collections des
FRAC
», selon Bernard de Montferrand.

 

Communiqué de presse - mars 2016


Les FRAC prêts à relever les défis de la décentralisation culturelle dans le cadre des nouvelles régions


La réunion annuelle de réflexion des FRAC organisée par PLATFORM s'est tenue le mardi 8 mars au Centre Pompidou. Présidents et Directeurs des 23 FRAC ont débattu des nouveaux défis de leurs institutions et de la réforme régionale.


Plusieurs tables rondes ont réuni :

Bernard Blistène - Directeur du MNAM
Guillaume Cerutti - Président de la FNAGP
Régine Hatchondo - Directrice générale de la création artistique au Ministère de la Culture
François Hers - Artiste et Conseiller culture pour la Fondation de France
Sophie Joissains - Sénatrice et Présidente de la Commission Culture de l'ARF
Serge Lasvignes - Président du Centre Pompidou
Jean-Pierre Leleux - Sénateur, Secrétaire du Sénat, Membre de la Commission Culture de l'éducation et de la communication, Rapporteur de la Loi sur la Création.
Anita Molinero - Artiste et Enseignante à l'école des Beaux-Arts de Marseille
Pierre Oudart - Directeur adjoint au MCC-DGCA
Philippe Richert - Président de la région Alsace, Champagne Ardennes, Lorraine et de l'Association des Régions de France (ARF)
Jean-Michel Tobelem - Professeur associé à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne


Par la voix de Bernard de Montferrand, Président de Platform, les FRAC ont exprimé leur volonté d'être une force de proposition au cœur de la politique culturelle et dans la nouvelle configuration des Régions. Ils ont indiqué qu'ils pouvaient être les fers de lance de l'identité des nouvelles régions en inventant de nouvelles formes de coopérations.
Ils ont souligné que la condition de leur créativité et de leur dynamisme réside dans le respect de la proximité des publics et des réseaux et le maintien de la diversité de leurs implantations.
Les personnalités invitées ont souligné le caractère essentiel des missions de service public des FRAC et la nature innovante de leurs actions de conquête de nouveaux publics. Elles ont insisté sur la nécessité de préserver leurs collections et leurs spécificités dans les évolutions à venir.
Le Président Richert a indiqué son soutien à l'action des FRAC et sa volonté d'engager un processus de concertation dans toutes les régions pour rendre encore plus efficace un système qui a fait ses preuves.
Le Centre Pompidou par la voix de son Président a indiqué qu'il souhaitait associer les FRAC aux 40 ans de son institution.

 

© Hervé Véronèse Centre Pompidou

 

"Quand l'art contemporain répond à Marine Le Pen"

Tribune de Bernard de Montferrand, Président de Platform, parue dans Le Monde le 2 décembre 2015


Peut-on comprendre le monde dans lequel nous vivons sans s'intéresser à l'art et aux artistes d'aujourd'hui ? A la veille des élections régionales, la question mérite d'être posée.

Jusqu'ici, toutes les régions, chacune avec leur propre sensibilité, et malgré les alternances politiques, ont considéré qu'il était essentiel de rendre accessible au plus grand nombre, non seulement les grandes œuvres du passé mais aussi la création d'aujourd'hui. Elles ont mis les Fonds régionaux d'art contemporain (FRAC) au cœur de cette volonté de démocratisation et de soutien aux créateurs. L'Etat de son côté, dans la loi pour la liberté de la création, veut consolider leur position dans le paysage français en créant pour eux un label. Car les FRAC assurent une mission de service public. Ils ont constitué en trente ans des collections reconnues dans le monde entier qu'ils mettent à disposition des publics les plus variés : écoles, services sociaux, entreprises, hôpitaux, associations de toutes nature et bien sur musées en région.

 

Le regroupement des régions ne change pas cette mission. Les FRAC vont utiliser cette occasion pour engager un renouveau de leur action. Ils vont proposer un plan triennal pour intensifier encore la diffusion de leurs collections qui sont déjà les plus montrées de France, pour développer leur travail en réseau - entre eux mais aussi avec tous les autres acteurs dans les régions -, pour s'engager dans le monde digital et pour enfin donner un nouvel élan à la médiation et à l'éducation artistique qui est leur domaine d'excellence. En 2016, ils organiseront une grande journée nationale des FRAC pour faire connaître encore mieux leurs actions.

Pour réussir demain, il faudra préserver la diversité de ces institutions afin qu'elles restent proches de leurs publics et de leurs partenaires les plus divers. La diminution du nombre des régions n'entraîne pas la diminution du nombre des lycées. Si l'on veut continuer à irriguer tous les territoires, la même règle vaut pour les FRAC. Cela exige naturellement que dans les nouvelles régions ils coopèrent pour faire plus ensemble qu'ils ne faisaient séparément. Il faut enfin que les FRAC restent des structures légères, donc réactives et peu coûteuses. Rappelons qu'aujourd'hui, en moyenne, leurs budgets sont d'un million d'euros et leurs équipes de dix personnes.

Comment rendre cette politique culturelle plus vivante encore ? Comment faire en sorte que les publics se l'approprient davantage ? La réponse est dans le débat. La culture est faite pour susciter la réflexion, l'esprit critique, la remise en cause. Au moment où le populisme semble avoir trouvé un beau matin son nouveau mouton noir avec les FRAC, osons débattre de leur action et de l'art contemporain.

 

Premier débat : l'inaliénabilité des collections. Depuis trente ans certains nous disent : « vous avez des collections trop importantes, il faut les vendre ! ». Depuis trente ans que d'arguments échangés avec forces rapports à l'appui ! La question a toujours été tranchée en faveur de la protection de ces collections qui représentent pour chaque région un patrimoine considérable, ne serait-ce que par leur valorisation financière. Rappelons-nous, nos musées n'avaient acheté aucun impressionniste, ni aucun cubiste ou fauve... Ils s'en sont mordu les doigts...

 

Second débat : la nature de l'art contemporain. Depuis trente ans on nous dit « n'achetez-vous pas un art trop contemporain, trop ésotérique, trop éloigné des préoccupations du public ? » Mais quel art faudrait-il alors acheter ? Sous Louis XV on ne faisait pas du mobilier moyenâgeux ou des châteaux forts mais de l'art « contemporain », c'est-à-dire du Louis XV ! Quant au public, il semble bien qu'il s'intéresse à l'art d'aujourd'hui puisque en 2013, pour leur 30 ans, les FRAC ont eu près de 2 millions de visiteurs et en 2014, 1,6 million. Beaucoup d'institutions et de musées aimeraient en accueillir autant.

 

Troisième débat : le monde de l'art contemporain est clos. Depuis trente ans, on nous dit les FRAC sont un système où quelques directeurs avec des galeries décident de façon opaque d'achats coûteux et font « la mode ». Depuis trente ans les FRAC ont apporté la preuve de leur transparence. Leurs comités d'achat sont totalement indépendants. Ils regroupent des directeurs de musées, des commissaires d'expositions, des collectionneurs ou encore des critiques d'arts et bien sûr des artistes eux-mêmes qui ont procédé à des acquisitions extrêmement judicieuses à des prix très raisonnables. Car ils achètent les œuvres en moyenne moins de trois ans après leur production et pour beaucoup d'artistes, être acheté par un FRAC a été un premier pas dans leur carrière. Comment d'ailleurs 23 comités différents, renouvelés régulièrement, qui ont acheté à près de 5 000 artistes depuis trente ans pourraient-ils faire le marché alors que leurs budgets d'achat individuels sont en moyenne de moins de 130 000 euros par an ? C'est une goutte d'eau sur dans le marché de l'art ! Mais à l'étranger on nous l'envie !

 

Quatrième débat : le public est toujours le même. C'est à mon sens la question la plus importante car il est vrai que malgré leurs énormes efforts, tous les musées et en premier lieu le centre Pompidou, rencontrent une grande difficulté à élargir leur public au-delà des classes privilégiées, déjà introduites à la culture. Mais quelles institutions plus que les FRAC font l'effort d'apporter des œuvres majeures de notre temps au plus près de nouveaux publics ? On l'a vu leurs résultats en termes de nombre de personnes atteintes est loin d'être négligeable. Mais c'est un effort jamais terminé.

 

Toutes ces questions se posent. Discutons donc pour continuer à améliorer le travail et la réflexion des FRAC avec l'Etat et les régions qui les financent conjointement mais aussi avec tous leurs partenaires. Car ils sont un ferment du lien social dont nous avons tant besoin, et qui donne à l'étranger l'image d'une France ouverte et créative.