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Katia Baudin

Témoignage d'un ancien directeur de FRAC passé outre-Rhin

Il y a dix ans, je participais activement à la préparation du précédent anniversaire des FRAC, à la fois comme directrice du FRAC Nord-Pas-de-Calais (1997-2004) et comme présidente de l'Association nationale des directeurs de FRAC. Les FRAC se trouvaient alors en pleine interrogation existentielle sur leur avenir : comment conjuguer la dimension expérimentale et nomade de leurs débuts avec des collections sans cesse grandissantes et dont la valeur nécessite plus que jamais une politique de conservation professionnelle et responsable afin d'en assurer la pérennité ? D'ailleurs, pouvions-nous encore parler de « fonds », le terme « collection » n'était-il pas plus approprié ?
Je suis heureuse de constater que, dix ans après cet anniversaire - grâce à la persévérance des directeurs et le soutien des conseils d'administration, des collectivités et de l'État -, nos rêves et visions de l'époque pour les FRAC dits de seconde, voire de troisième génération deviennent réalité avec les ouvertures successives de lieux dignes et adaptés à leurs missions complexes. Car il faut reconnaître l'évidence : les FRAC sont de véritables musées d'art contemporain, conformément à la définition de l'ICOM (International Council of Museums) : « Un musée est une institution permanente sans but lucratif au service de la société et de son développement, ouverte au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l'humanité et de son environnement à des fins d'étude, d'éducation et de délectation. »
En trente ans, chaque FRAC s'est construit autour d'une collection exceptionnelle et singulière selon une politique d'acquisitions spécifique. Il est particulièrement louable et visionnaire que les initiateurs des FRAC et les élus aient misé sur la construction de collections internationales de haut niveau qui inscrivent l'art français dans un contexte élargi, évitant ainsi sa ghettoïsation. Chapeau aussi aux conseils d'administration qui ont su faire confiance aux choix artistiques des directeurs et à leurs comités techniques successifs qui ont souvent acheté la bonne œuvre à la bonne époque. L'ouverture sur d'autres champs de la création - par exemple, le design en Nord-Pas-de-Calais et l'architecture en région Centre - a également permis de décloisonner le regard et de cerner, d'accompagner et de contribuer au développement des questionnements interdisciplinaires de pleine actualité.
Les FRAC suscitent bien des jalousies à l'étranger car, même en Allemagne, rares sont les musées qui peuvent rassembler des collections d'art contemporain de dimension comparable - les budgets d'acquisition conséquents et réguliers y faisant souvent défaut.
L'apport singulier des FRAC ne se limite pas au seul domaine artistique, il se traduit également par le développement de partenariats inédits et de projets de diffusion et de médiation singuliers et efficaces, notamment en direction de publics éloignés de l'offre culturelle. Citons, par exemple, le programme « Élèves à l'œuvre » qui, en Nord-Pas-de-Calais et dans de nombreuses autres régions, permet aux collégiens et aux lycéens d'accueillir dans leur établissement des œuvres d'art contemporain. Ou encore les projets artistiques associant directement les habitants ou le public - citons par exemple ceux que nous avions menés à l'époque à Dunkerque avec Bik van der Pol, Tobias Rehberger ou Olga Boldyreff.Comme le Minitel a été précurseur d'Internet, les FRAC ont au cours des trente dernières années mené un débat aujourd'hui d'actualité : qu'est-ce qu'un musée d'art contemporain au XXie siècle ? Comment acheter et réactiver des œuvres éphémères, in situ ou des performances ? Comment réagir face aux évolutions de la création, comment soutenir celle-ci, comment acquérir les œuvres, les conserver et les transmettre aux générations actuelles et futures ?
Le véritable enjeu des FRAC de seconde génération consiste à maintenir la grande souplesse, la réactivité et le goût pour l'expérimentation qui caractérisent leur jeunesse nomade, tout en mettant en place une politique de conservation rigoureuse afin d'assurer la pérennité des œuvres - impliquant une diffusion adaptée et, si nécessaire, limitée -, et de renforcer la recherche scientifique sur les collections. Tout cela nécessite des moyens tant humains que financiers en adéquation avec les multiples missions et responsabilités des FRAC. Mais ces institutions uniques au monde le valent bien, n'est-ce pas ? Vive les FRAC !

Katia Baudin
Directrice adjointe du Ludwig Museum, Cologne
Directrice du FRAC Nord-Pas-de-Calais de 1997 à 2004


Katia Baudin, portrait
Musée Ludwig © Droits réservés