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Le réseau des amis des FRAC


Claude Mollard

L'originalité des FRAC tient largement aux circonstances de leur naissance : la décision politique du ministère de la culture en 1981 de décentraliser la création artistique, validée par les partenaires artistiques et culturels, lancée sur la base du paritarisme des financements et de l'autonomie de gestion. Conçus dans un cadre contractuel entre l'Etat et les régions, ils ont été unanimement adoptés par ces dernières, de droite ou de gauche, trouvant dans l'art contemporain une manière d'affirmer leurs jeunes identités. Ils tenaient compte aussi de l'aspiration des artistes et des responsables de la nouvelle Délégation aux arts plastiques de collectionner les artistes émergents alors délaissés par les musées et de les présenter dans des lieux alternatifs avec le concours de nouveaux acteurs du milieu artistique, exprimant, hors de Paris, une diversité de points de vue sur l'art.

Ils ont rencontré une adhésion unanime, grâce notamment au principe du financement paritaire. Mais ils se sont heurtés aux résistances de ceux qui pensaient que l'achat public d'œuvres d'art contemporain devait passer par les seuls musées et de ceux qui jugeaient que leur budget serait mieux utilisé dans le financement d'un grand musée national d'art moderne en région.

Après mon départ en 1986, les FRAC résistèrent grâce à l'appui des élus des régions et furent définitivement confirmés lors du retour de Jack Lang au ministère de la culture en 1988.
Ils ont crû et embelli. Grâce à eux, des centaines de milliers de Français peuvent désormais voir des expositions dans toutes les régions. Ils leur reste à confirmer leur devenir en sachant surtout s'alléger, comme certains l'ont fait, en déposant une partie de leurs fonds dans les musées. Et à continuer de persévérer dans leur être : la création émergente, la défiance vis-à-vis des modes et du marché, la pédagogie en direction des scolaires, l'ouverture à de nouveaux publics. Ils seront alors, pour longtemps encore, les nouveaux « hussards noirs » de la république culturelle, selon la belle expression de Charles Péguy.

Claude Mollard,
13 janvier 2013



Claude Mollard, portrait
© Caroline Bongard