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Hors les murs
Le futur doit être dangereux

Une exposition du Musée des Beaux-arts de Dole en partenariat avec les Frac Franche-Comté et Bourgogne

Du 29 novembre 2016 au 19 février 2017

 

 

Peter REGLI, Reality Hacking n°248 (The jägermeister), 2006, Collection Frac Franche-Comté © DR

 

Comment se saisir de cette phrase écrite en lettres d'or par l'artiste espagnole Dora Garcia ? Est-ce une constatation désemparée face à la course folle vers la destruction et la mort où semble nous emporter l'histoire de l'humanité et son accélération subite depuis un siècle, ou une injonction radicale à une forme d'anarchie, pour reprendre le pouvoir sur nos vies et nos pensées, sur le monde ?

 

La question du pouvoir et de possibles contre-pouvoirs est au cœur de cette exposition qui, à partir d'un choix d'œuvres appartenant aux collections des deux Fracs de la grande région Bourgogne-Franche-Comté, tente une approche de la notion d'autorité et des structures de pouvoir qui organisent et régissent nos sociétés. Les artistes, « simples » témoins de leur temps, éveilleurs de conscience ou véritables activistes, sont et ont souvent été les premiers à décrypter les mécanismes du pouvoir et à en révéler la violence, sourde ou plus éclatante.

 

La critique radicale et cinglante d'un Hans Haacke dénonçant les rapports troubles de la finance, de l'art et de la guerre répond à l'humour grinçant d'un Peter Regli transformant le traditionnel coucou suisse en signal guerrier. Le pouvoir de l'argent versus le pouvoir des armes. À la violence des armes et du pouvoir, qu'il soit économique, géopolitique, ou culturel, les artistes répondent à rebours par le rire - même s'il est parfois jaune - comme arme et comme détonateur pour saper les fondements et la légitimité de toute forme d'autorité. Par le biais de l'humour qui déboulonne tous les piédestaux, ou par des déplacements plus tragiques, plus poétiques, comme ceux opérés par Alighiero Boetti ou Servane Mary, l'art opère comme contrepoint, contre-pied et contre-pouvoir.

 

Sous les auspices de la fameuse phrase de Guy Debord reprise en lettre d'acier par Loïc Raguénès « Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu » et de la mémoire communarde activée par Christoph Weber, les oeuvres présentées ici sont un appel à l'échappée, à une forme douce et souterraine, ou plus brutale, de rupture, inspirée par une tradition libertaire, pirate, anarchiste... ainsi les oeuvres de Roman Signer, Steven Parrino, John Giorno, Gianni Motti, Dominique Ghesquière, Mohamed Bourouissa sonnent comme une réponse « punk » à la phrase prémonitoire de Dora Garcia : No Future ? Le futur doit être dangereux...

 

Commissariat
Amélie Lavin, directrice du musée des Beaux-Arts de Dole

 

Coproduction
Une exposition du Musée des Beaux-arts de Dole en partenariat avec le Frac Franche-Comté et le Frac Bourgogne

 

Lieu 

Musée des Beaux-Arts

85 rue des Arènes - 39100 Dole

 

Interview d'Amélie Lavin , Directrice du musée des Beaux-Arts de Dole et commissaire de l'exposition.

 

 

Vous présentez au musée l'exposition "Le Futur doit être dangereux" qui présente les collections des FRAC Bourgogne et Franche Comté. Pouvez-vous revenir sur la genèse du projet ?
Le point de départ de ce projet réside dans la proposition, qui m'avait été faite par mes collègues Sylvie Zavatta et Astrid Handa-Gagnard [respectivement directrices des FRAC Franche-Comté et Bourgogne] de monter un projet en commun, avec en toile de fond la nouvelle grande région Bourgogne Franche-Comté, le fait que Dole se trouve à mi-chemin entre Dijon et Besançon et que nos trois structures, de manières différentes, soient toutes actives dans le champ de l'art contemporain. Il se trouve par ailleurs qu'un lien ancien est tissé entre Dole et le FRAC Franche-Comté, puisque, à l'époque des FRAC "1ère génération » [les FRAC ne disposaient alors pas tous d'espaces d'exposition propres], ce dernier se trouvait non à Besançon mais à Dole et qu'il était abrité dans le musée, avec une direction commune des deux structures. Ce projet permettait donc de prolonger dans le présent des liens privilégiés inscrits dans le temps.

 

Comment avez-vous connu les FRAC? Quand et pour quelle raison avez-vous décidé de travailler avec les FRAC pour une présentation de leur collections contemporaines ?
Etant moi-même spécialiste d'art contemporain, je connaissais ces deux FRAC avant mon arrivée à Dole et une fois ici, le musée étant par ailleurs également un acteur de l'art contemporain sur le territoire, il me semblait évident que le/les FRAC deviennent des partenaires privilégiés.
Les collections des FRAC ayant pour missions - entre autres - de rayonner sur le territoire, elles voyagent et viennent habiter régulièrement différents lieux de la grande région, notamment certains musées. Le musée de Dole ayant, à côté de son activité "beaux-arts", pour majeure partie une programmation contemporaine, il pouvait sembler moins "nécessaire" par rapport à d'autres lieux, d'y faire voyager les collections des FRAC. Et cependant, il nous a semblé pertinent à mes collègues et moi, de faire de Dole un point de ralliement et un lieu où faire réfléchir ensemble nos trois collections, qui ont des points de contiguïté.

 

À propos de l'exposition, et en tant que conservatrice, qu'apporte selon vous le dialogue entre les collections du musée (réparties en trois sections : archéologie, art ancien et art contemporain) et celles des 2 FRAC ?
Le projet du musée, dans sa globalité, est de faire se croiser patrimoine et art contemporain, à la fois à partir de la collection, puisque nous présentons régulièrement une partie de la collection contemporaine dans la collection permanente beaux-arts, mais aussi dans l'ensemble de la programmation, expositions, animations, événementiel. L'objectif en l'occurrence était plutôt de faire dialoguer les collections des deux FRAC ensemble et de densifier ce dialogue en le confrontant à notre institution, en particulier à notre collection d'art contemporain.
De fait, le sujet de l'exposition, est, pour le dire rapidement, la mise en danger des formes d'autorité par les formes de l'art. Un certain nombre d'œuvres des deux FRAC sont en effet à rattacher à une longue tradition libertaire, pirate, situationniste, insoumise, qui répond de façon très juste à une partie de notre propre collection contemporaine.
En effet, la collection contemporaine du musée de Dole s'est constituée au début des années 80 autour du renouveau de la peinture figurative et critique - la figuration narrative, les Malassis notamment - des années 70 (l'esprit pré et post-68), donc une peinture radicale, très politique, souvent corrosive. D'ailleurs, même si l'exposition présente des oeuvres des deux FRAC, j'ai choisi, comme un clin d'oeil, de faire figurer au milieu une oeuvre de Dole : une sérigraphie produite par l'Atelier Populaire de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris ouvert en mai 68, image aujourd'hui très célèbre d'un groupe de silhouettes ouvrières proclamant, un poing levé "Nous sommes le pouvoir". Une façon donc de montrer qu'un fil rouge s'est tiré naturellement entre des œuvres de nos trois collections, sur un sujet qui convoque l'histoire mais reste très contemporain.

Cette exposition est aussi un projet inédit de collaboration simultanée avec les 2 FRAC de la nouvelle région: comment s'est déroulée votre collaboration ? Quel rapport le musée prévoit-t'il engager avec le public de ce nouveau territoire élargi ? Pensez-vous que ce travail avec les FRAC permette notamment un meilleur rayonnement territorial pour votre institution ?
La collaboration s'est faite de façon très simple et naturelle. Sylvie et Astrid m'ont laissé choisir et puiser en toute liberté dans leurs belles collections, faisant tout pour rendre possibles certains prêts plus compliqués que d'autres, me conseillant des œuvres que je n'avais pas vues. Les responsables de collection et communication nous ont accompagnés, puis les régisseurs des deux FRAC sont venus à Dole installer l'exposition avec nous.
Concernant le public, le musée avait déjà un rayonnement sur un territoire plus large que celui strictement franc-comtois. Notre public est grosso modo à 50% celui de la communauté d'agglomération du Grand Dole (Dole et son agglomération), les 50 % restant étant partagés entre un public de la grande région, des régions limitrophes et une fréquentation parisienne des expositions. Les deux dernières années, le public bourguignon a été assez stable entre 7 et 10% de la fréquentation globale. Il y a donc effectivement une réserve de public encore assez importante à toucher sur ce territoire là, mais sur le territoire franc-comtois aussi. Nous savons que sur la grande région, d'une façon générale, le public connait et suit nos activités. Ensuite, il faut réussir à faire venir les gens physiquement jusqu'à nous, c'est un long travail...

 

Quelles oeuvres des collections des 2 FRAC ont particulièrement retenues votre attention et pour quelle raison?

Il s'agissait de construire une histoire entre deux collections, et que cette histoire puisse dialoguer avec la notre. Tout est parti de l'oeuvre de Dora Garcia "Le futur doit être dangereux », que j'ai choisie très rapidement, et qui a ensuite donné son titre à l'exposition. Simple et énigmatique dans sa formulation injonctive, précieuse et poétique parce qu'écrite à la feuille d'or, cette oeuvre laisse ouvert à chacun d'entre nous un champ de possibles et c'est pour cette raison que je l'ai retenue d'emblée. Elle ouvre une réflexion sur la mise en danger comme moteur de la vie, comme invitation à l'action, à une certaine prise de pouvoir. A partir de cette oeuvre à la fois discrète et forte, les autres pièces se sont imposées ensuite assez naturellement : l'activisme joyeux de Gianni Motti, la critique radicale de Hans Haacke, l'esprit des situs, de Debord, réactivé par Loic Raguénès, la contre-culture américaine celle de Raymond Pettibon, Steven Parrino, John Giorno... et tous les autres présents dans l'exposition.
Je pense du coup avoir répondu en même temps à votre question sur le titre...